En coaching, les mots ne disent pas tout

EN COACHING, LES MOTS NE DISENT PAS TOUT

L’action, même la plus simple, parle plus fort.

Nous le savons en coaching de groupe (cf  Mettre l’Intelligence Collective en action) et en avons tous fait l’expérience en coaching individuel,  ne serait-ce qu’en utilisant les schémas :

Max*  m’a dit un jour : ”Dans notre équipe, je me sens proche de 3 collègues, il y en a 2 autres avec qui c’est cordial, et 2 avec qui on ne s’entend pas du tout.” Je lui demande : “Pourriez-vous représenter votre équipe sur cette feuille, avec des ronds pour les femmes et des carrés pour les hommes ?”… Ce qu’il montre de l’équipe sur sa feuille est bien entendu différent de la représentation que je m’en faisais. Plus encore: en 2 minutes qu’il aura fallu à Max pour placer les membres de l’équipe, il m’aura montré de nombreux éléments du système: non seulement apparaissent les proximités/distances différenciées qu’il a avec les uns et les autres (en l’occurrence Max est très proche d’un collègue et un peu moins proche de 2 autres, etc.), mais aussi les proximités/distances qu’ils ont entre eux (4 sont, à ma grande surprise, regroupés)…Sans compter les commentaires qu’il ne manque pas d’effectuer ici ou là…

En réalité, accompagner le client dans “montrer” donne de l’ampleur et de la précision à son expression verbale et ainsi élargit le champ de perspectives du coaching. C’est déjà en soi une avancée substantielle.

Les Méthodes d’Action selon J.L. Moreno ne s’en contentent pas. En effet, il s’agit d’aider aussi le client à « exprimer directement à », car cela facilite son entrée dans une certaine profondeur des dynamiques présentes :

Après qu’il m’eut présenté les divers protagonistes de son univers professionnel proche, je propose à Max de mettre sur une chaise Francis*, le collègue (avec qui il est en ce moment le plus en conflit), de l’imaginer en face de lui, assis, ici. Puis, je suggère à Max : « Pourriez-vous dire à votre collègue, ce qui vous embête, ce qui vous énerve ? ». Après un moment d’hésitation, il se lance dans une longue diatribe, qui se termine par un cinglant « c’est absolument in-ad-mi-ssible !». Max se tourne vers moi et me dit : « ça fait du bien, je ne m’y attendais pas ! »

Pourtant, il n’y a rien de très surprenant : « Parler à, plutôt que parler de » permet d’exprimer, de « sortir » ce qui a besoin de l’être.

Recentrant Max sur son collègue, je m’aventure plus loin et lui dis: « Je serais curieux de savoir ce que votre collègue répond à ceci. Prenez son siège, devenez un instant votre collègue, afin que l’on entende sa réponse. » Max, déjà habitué à mon utilisation des Méthodes d’Action, endosse le rôle de son collègue, qui, en retour, l’accuse de toute sortes de maux. Le conflit, jusque-là invisible (tout au plus décrit) devient visible.

Rendre visible, quasi palpable, l’interaction telle que le client l’a intériorisée, lui donne un accès plus direct aux dynamiques qui la composent. Le travail de résolution des conflits n’en est que plus facilité :

Par une succession de renversement de rôles et l’utilisation de plusieurs autres techniques (le double, les rôles méta, les objets vivants etc.), Max entre dans le conflit et en cherche, de diverses manières, la transformation désirée.

L’immersion-en-recul produite avec méthode est liée à cet univers intériorisé mis en action dans lequel entre la personne « comme si c’était la réalité ». Cela lui donne la possibilité d’expérimenter en sécurité diverses problématiques (ambivalences, conflits internes et ou externes, mise en place de projets, affirmation de soi, prise de décision etc.…). Du fait de ce « jeu reproductif » accompagné par le coach professionnel formé aux Méthodes d’Action, le client prend conscience de ses attitudes, ses comportements, ceux de « l’autre » (tel qu’il se les représente) ; il va même jusqu’à réaliser les impacts qu’il a et ceux que « l’autre » a. Même si cet « autre » est une partie de lui (une émotion, une pensée, une croyance, une injonction intériorisée etc.) Dès lors, il peut exercer les divers leviers qu’il découvre petit à petit, jusqu’à trouver la posture qui lui paraît efficace.

Ainsi, en coaching, la théorie et la méthodologie de J.L. Moreno facilitent, par la mise en interactions, l’empowerment du client, à qui se révèlent petit à petit ses propres compétences de résolution de problèmes.

* Les prénoms sont fictifs

Norbert Apter, associé-fondateur de l’ODeF, animateur de Maximiser l’outil de la « chaise vide » et La technique du « co-coach » chez Coaching-Services