A l’ère des Smartphones et autres consoles, qui connaît encore ce jeu, grand classique des enfants du XXe ? Au-delà de l’intitulé d’un jeu, cette phrase paradoxale révèle à elle seule l’ambiguïté de beaucoup de situations de coaching. Comme vous le savez, le coaching est une intervention brève. Elle se démarque volontiers des autres types de relation d’aide par cette caractéristique. Or, le risque est de s’arrêter à la première partie de l’injonction « hâte-toi ». C’est plus simple et apparemment plus confortable. Bien des raisons peuvent nous inciter à nous cantonner à cette posture « hâtive ». Pour n’en citer que quelques-unes : l’envie de résultats, la pression des partenaires et du coaché en particulier dans sa volonté de sortir au plus vite de l’inconfort, le rapport du coach à la réussite, à l’efficacité et à l’argent, des aspects contractuels piégeant comme le nombre de séances prévues… et j’en passe.Que faire de la deuxième partie de l’injonction « lentement» dans une démarche coaching? Au final, comment aller lentement pour que les choses avancent plus vite ? Cette question paradoxale est importante, si nous voulons rester dans une approche coaching. Elle nous dérange… et je dirais tant mieux. Car, qui dit relation humaine dit complexité : en quelque sorte c’est la règle plutôt que l’exception. (Malarewicz, 2002 [1]) La complexité dans la relation d’aide règne sans partage. Au fil des expériences, nous apprenons à manier les paradoxes, à faire face à l’incertitude, à notre incapacité à mesurer ce qu’on ignore. J’en veux pour preuve que l’accompagnement en lui-même est truffé de paradoxes :

  • Le paradoxe de l’autonomie : être accompagné pour développer l’autonomie et être relativement autonome pour entrer dans une démarche d’accompagnement.
  • Le paradoxe relationnel : une relation d’accompagnement asymétrique mais paritaire.
  • Le paradoxe de l’orientation : ne pas savoir où l’on va mais tout de même aller quelque part.
  • Le paradoxe de la détermination : devoir être porteur d’une demande, mais sans savoir ce que l’on veut.

Cela dit, le coach est invité à rester dans l’humilité en regard des ambiguïtés, des niveaux logiques inconciliables. Il abandonne l’illusion de maîtriser la complexité (encore un oxymore!). Il ne peut assumer les paradoxes de son activité et des situations  sans disposer d’une liberté intérieure que seul un travail sur lui-même lui permettra d’atteindre pleinement. (Lenhardt, 2006 [2]).

Comment se hâter lentement ?  Quelle posture caractérise celui qui se hâte lentement ? A ce stade de ma réflexion, le maître mot de cette posture est la confiance : confiance dans « l’expertise» du coaché, dans le processus de coaching choisi et dans le mystère bienfaisant de la Vie. Cette posture fondamentale de la confiance engendre immanquablement d’autres savoir-être tels la patience, le silence, la persévérance dans le travail des objectifs. A cela, j’ajouterais les fameux trois P de l’analyse transactionnelle : le coach donne des Permissions, des Protections et du Pouvoir à son coaché.

Ainsi, revêtu de cette confiance, le coach se libère de la contrainte du temps, accepte les détours et les aléas de son coaché. Que de choses se passent lorsque la confiance fait disparaître les freins à main que l’on actionne à notre corps défendant !

Quels sont les « freins à main » que je m’impose bien malgré moi ?  Courez chez votre superviseur pour mâchouiller ce questionnement.

Eric Gubelmann, coach et formateur, octobre 2015


[1] Systémique et entreprise éd : Village Mondiale
[2] FAQ : Coaching, éd : Dunod