Traverser les phases sombres de nos vies

Pâques approche : une période de congé et de vacances, peut-être de fête pour certains. Un relâchement possible pour célébrer la renaissance de la nature, le retour de la lumière, les jours qui se rallongent… C’est toute la symbolique du passage de la mort à la vie qui se joue, et qui me rend songeuse. Car la métaphore de la renaissance implique d’être d’abord passé par une forme de mort.

Pour moi, cela évoque ces moments dans nos vies où nous avons l’impression de stagner, où le sort s’acharne contre nous. Ces périodes creuses, sombres, où nos efforts ne semblent mener à rien, où l’énergie et la motivation nous font défaut. Je suppose que vous êtes toutes et tous déjà passés par de telles phases ? Le plus frustrant pour moi dans ces périodes, c’est le sentiment d’impuissance qui va avec. Quoi que je fasse, j’ai l’impression que cela ne sert à rien. Je fais des efforts pour m’en sortir, j’essaie de tenir le coup, d’espérer encore un peu, de m’accrocher. Mais je ne fais que couler un peu plus vite, un peu plus loin.

Et pourtant, après coup, je me rends compte que ces phases ont généralement été beaucoup plus fertiles et porteuses que je ne l’avais perçu sur le moment. Dans la tempête, le changement plante ses graines, les perspectives sont chamboulées, de nouvelles voies émergent. Mais nous sommes souvent incapables de les voir, ou nous avons trop peur de nous y engager, car nous restons focalisés sur tout ce que nous risquons de perdre.

Évidemment, c’est facile à voir après coup. Et c’est encore plus facile à dire de l’extérieur à quelqu’un qui se trouve en pleine tempête : « Lâche prise, ça ira mieux après ! » Combien de fois ai-je entendu ces mots, et ai-je eu envie de maudire la personne qui me les disait ? Et pourtant, je me surprends à les dire aussi à d’autres… tout en sachant qu’ils risquent juste de vouloir me maudire à leur tour. Je ne suis pas vraiment fière de manquer parfois d’empathie ainsi.

Avez-vous aussi fait l’expérience qu’il peut être très dur de rester simplement empathique face à une personne qui traverse une phase sombre ? Très dur de garder une posture de coach adéquate ? D’ailleurs, à quoi ressemblerait une posture de coach adéquate dans une telle situation ? Entendre et accueillir la souffrance, la frustration, le désespoir… sans se laisser happer ? Continuer à soutenir et motiver l’autre à avancer… sans le culpabiliser de ne pas y arriver ? Lui donner l’espace d’exprimer ce qu’il traverse, ce qu’il ressent… sans chercher à porter les choses à sa place ? L’aider à changer de regard, à voir aussi le positif, à conscientiser ses ressources… en acceptant que cela puisse ne rien changer concrètement dans l’immédiat ? Simplement être là et attendre avec lui que le temps fasse son œuvre, que la vie opère, que l’impulsion pour le changement devienne assez forte ?

Comme souvent, j’ai plus d’interrogations que de réponses univoques. Car la posture adéquate est un équilibre à chercher dans une situation complexe et dynamique. Cet équilibre est influencé à la fois par les besoins particuliers de la personne que vous coachez, par la qualité de la relation entre vous, par votre manière personnelle d’habiter votre rôle de coach, et par vos propres limites.

Et vous, quelles attitudes, quelles paroles, quelles personnes vous ont le plus aidé dans les phases sombres de vos vies ? Et comment vous en inspirez-vous pour accompagner vos coachés ?

Myriam Küng, coach et membre de la direction