Résonance, quand tu nous tiens

Le billet du mois par Myriam Küng

J’aimerais aborder avec vous un sujet qui me travaille depuis longtemps : celui de la résonance. J’y ai été confrontée dès les débuts de ma formation au coaching. Lors de mes premiers pas comme élève-coach, j’ai vécu différentes situations où les émotions de la personne que je coachais résonnaient de manière tellement forte en moi que je me retrouvais dans l’incapacité d’assumer mon rôle de coach.

Dans une de ces situations, je me suis sentie bloquée sans trop comprendre pourquoi. J’ai découvert plus tard la notion de « processus parallèle », qui explique comment la problématique que le coaché a avec son environnement peut avoir tendance à se rejouer dans sa relation avec le coach. Par exemple, un coaché persuadé qu’il n’arrivera à rien risque inconsciemment de mettre en échec le coach qui tente de l’aider. Lorsque j’ai le sentiment d’être bloquée en coaching, cela peut être le signe qu’un processus parallèle est à l’œuvre. L’identifier et le conscientiser sont des étapes essentielles pour ne pas en être prisonnier. Selon les cas, il peut valoir la peine d’en parler avec le coaché pour qu’il en prenne aussi conscience. Cela peut être un déclencheur qui l’aidera à débloquer sa propre situation.

Dans une autre de ces situations, les émotions de l’autre me semblaient tellement fortes que j’ai eu peur de les aborder. Ma coachée m’a dit après coup que cela lui aurait pourtant fait du bien de pouvoir les exprimer et qu’elle aurait été à l’aise de le faire avec moi. Ce jour-là, j’ai commencé à prendre conscience que la manière dont je perçois les émotions des autres n’est pas forcément représentative de la manière dont ils les ressentent eux-mêmes. J’ai longtemps cru être une sorte de « radar à émotions » qui captait telles quelles les émotions émises par mon entourage. Au point d’avoir souvent de la peine à distinguer mes émotions de celles des autres.

Je ne prétends pas arriver systématiquement à faire cette distinction aujourd’hui. Mais le fait de comprendre que l’impression de capter les émotions des autres telles quelles était une illusion a eu un effet libérateur. J’ai l’image d’un orchestre qui joue à l’intérieur de moi tout ce que je ressens. Parfois c’est sacrément cacophonique ! Quand je crois capter les émotions de quelqu’un d’autre, c’est comme si certains de mes musiciens avaient entendu ce que joue son orchestre et tentaient de le reproduire. Mais je n’entends que la réinterprétation de sa musique jouée par mon propre orchestre. Je n’ai aucun moyen d’avoir accès à la musique originale jouée par son orchestre à lui. Ce que je perçois est donc forcément coloré par mon vécu et habité par mon rapport à mes émotions.

L’effet libérateur de cette prise de conscience sur moi tient dans le fait qu’elle me décharge d’une responsabilité que je croyais avoir envers autrui. Quand je crois capter les émotions de mon coaché telles quelles, je me sens responsable d’y répondre et d’essayer de combler le besoin sous-jacent qu’elles expriment. Quand je me rappelle que ma perception ne peut être que biaisée, c’est plus facile pour moi de faire la part des choses et de laisser l’autre faire face à ses émotions. En tant que coach, je peux être à l’écoute des émotions du coaché. Je peux l’aider à en prendre conscience, à les exprimer, à les accueillir. Je peux partager avec lui mes émotions sous forme de feedback pour l’inviter à parler des siennes. Mais si je me sens responsable de ce qu’il ressent et que je crois porter le poids de l’en libérer, je m’enferme moi-même dans une voie sans issue.

Et vous, quel rapport entretenez-vous avec la résonance ?

Si vous êtes intéressés à explorer votre rapport à la résonance, à vos émotions et à différents aspects de votre identité, nous vous proposons un cycle de quatre jours de formation intitulé Explorer son identité pour développer ses compétences relationnelles. Pour plus de détails, voir la page sur notre site.

Myriam Küng, coach et formatrice chez Coaching-Services